mardi 6 novembre 2007

En Wagon, le 28 Octobre,

Mon cher Nicolas,

Me voici cette fois dans un compartiment dans lequel je me suis insérée malgré les rideaux tirés au message clair : t’es pas la bienvenue, chérie, passe ton chemin.
Mais voilà, à peine tirée je vois un sapeur beau costume noir endormi, et un autre, tout beau tout mignon, tout jeune tout cool T-shirt avec redskins brillant sur lui. Ni une ni deux moi la bourgeoise je pose ma valise dans cet univers de coolitude, et je referme les rideaux pour entretenir dans mon cœur l’illusion que je fais partie de la communauté cool de ceux qui ne veulent pas qu’on les dérange.
Donc je m’insère, et je pousse le mimétisme jusqu’à écouter du rap en t’écrivant. Par décalage, peut-être écouterai-je de la musique Renaissance devant les paysages de Beauce d’autonome, devant lequel se déroulent les fils électriques en vagues rythmées et régulières ?
Je suis passée ce matin dans un lieu d’anti-coolitude absolue, l’église Saint-Gervais Saint-Protais pour la messe. Et pourtant la beauté n’en était pas moindre. J’ai pensé justement à cela. Aux jeunes filles de bonne famille et leur attirance pour les grands méchants loups.
Les cultures jeunes filles, en leur inculquant l’amour et le mariage, le sourire et la douceur, ont négligé leur part d’ombre, tandis que l’éducation du jeune garçon et les attributs de la masculinité laissent un espace à la noirceur de la personnalité que nous partageons avec vous, les mecs (je dis les mecs c’est pour faire cool).
Faut-il que je m’explique ? Tu sais très bien que je pense à Ava. La jolie jeune fille jeune danseuse brisée qui s’est tapée aussi longtemps un pervers—pervers est relatif, toujours—de cinquante ans alors qu’elle était encore vierge lorsqu’elle l’a rencontrré. Ou que je pense à moi-même, la jeune bourgeoise dynamique allant visiter en prison (non la prison à Cercottes, est écrit le long de l’ancienne voie de train) chaque semaine, son amoureux depuis 4 ans, jusqu’à me faire éclater la gueule quelques mois plus tard. Par amour nous dit Diam’s.
Ces mecs là savent parfaitement, exactement s’adresser aux jeunes filles. Elles les détestent parfois, car la part d’ombre les inquiètent. Mais ils parlent à leur puissante force sexuelle et fantasmatique, il viennent les chercher sur leur terrain, leur terrain de jeune fille compétitive, dangeureuse, puissante, dominatrice et soumise à la fois. Ils savent plus que tout autre l’envie du loup, le désir de s’y frotter s’y piquer, la joie et la jouissance du combat de l’esprit et du corps avec un homme qui ne croit que les jeunes filles sont fait pour qu’on leur parle uniquement de tendresse et d’amour.
Ah, le train arrive ! Je file mon cher Nicolas, le temps presse,
Continuons ceci bientôt,
Je t’embrasse
Clarisse

Aucun commentaire: