Cher Nicolas,
Le froid est revenu, avec lui les changements d’heure, et les dimanches soirs passés au téléphone, en pointillés, ce moment où il aurait fallu travailler, mais finalement, puisqu’on travaillera demain aussi.... Les bruits de la rue se font plus rare, tout le monde est rentré, blotti. J’ai un peu frais, un peu de fatigue des fêtes du week-end et du travail de la journée. En t’écrivant je me sens mieux.
J’ai bien reçu toutes tes lettres et voici qu’enfin je prends la plume. Ainsi la belle Mathilde est malade ? Tu l’embrasseras, et lui donneras l’article que je t’avais envoyé, pour la divertir. Depuis qu’elle a quitté Jean, elle semble dans cet état mi-coléreux mi-perdu qui caractérise les femmes blessées, en attente, mais trop indignées pour à nouveau s’attendrir. Il faudrait qu’on s’attendrisse sur elles, et lorsque cela arrive, elle méprise l’attendri (trop conquis, trop facile, pas sexy). Je sais bien, car je ne suis pas si loin d’en être une, qui n’a toujours pas dit à qui tu sais ni son amour ni son désir.
Mathilde a tort, cependant, lorsqu’elle te parle du compte à rebours. Ainsi en va-t-il des femmes de plus de 32 ans. C’est la fin, bientôt la fin. Elles cherchent un père, pour avoir un enfant à elles, un vrai : plus de temps, il passe il file !
Quelle perte de liberté, quel temps perdu au nom du temps à gagner ! Et la vie qui attend là à la porte, toujours reculée, toujours reportée au nom de la vie à venir—peut-être, un jour, une vie bien à soir, dépendante et amoureuse, un enfant, un lardon tout chaud.
Tu sais bien que j’aime les enfants. Mais tu sais bien que ces propos me fatiguent, ces femmes énervées de ne pas réussir à avoir. Avoir un homme, avoir un enfant, soyons gentils, je passe le reste. Avoir pour réussir dans le fabuleux domaine de l’affectif.
Déshabillez vous mesdames. Prenez le temps d’aimer, et laisser le compteur défiler tranquille.
Les filles m’appellent pour un café blanc (fleur d’oranger, eau chaude... et pâtisserie si le cœur m’en dit), je les rejoins.
Je t’embrasse bien, écris-moi vite,
Clarisse
lundi 29 octobre 2007
dimanche 28 octobre 2007
Saint Jean de Luz, le 3 Septembre.
Cher Nicolas,
Je prends la plume à l’ancienne, sans ordinateur, sans téléphone que je viens d’éteindre, sans rien. Le silence du bar vidé après les vacances, un café, la mer en face. Il pleut. J’ai le cœur un peu lourd, mais la tête continue de marcher, malgré la rentrée qui approche. J’ai parfois l’impression de rejouer simplement l’an dernier, avec chaque mois de septembre me retrouver à l’enfance, le cahier de texte vierge et la trousse de l’an dernier gardée encore un an car malgré les taches d’encre, elle tiens encore très bien.
J’ai remarqué, hier, en regardant la télé, combien les feuilletons mettaient en scène la crise latente, le conflit individuel que nous gardons éternellement en nous. Le patron stressant, l’amant inattentif, l’amie indélicate sont tous rabrouées par les héros avec verve et explosions d’émotions. Combien sommes nous pourtant, à ravaler les colères, les déclarations d’amour, et les rancunes de quatre ans. Combien sommes nous à éviter la confrontation perpétuellement mise en scène devant nos yeux, avec tant d’esprit.
... en parlant de crise intérieure toujours reportée, je n’ai toujours pas tenté d’embrasser qui tu sais. Au moins j’évite la "déclaration suicide", celle où l’on dit que non, qu’en fait on t’aime depuis quatre ans, et qui fait fuir l’aimé en soulageant celui qui aime, heureux de se prélasser ainsi dans un refus qu’il a anticipé si longtemps. Mais je n’avance guère qu’en amitié avec lui, dans une relation qui m’inspire et m’épuise, toxique et douce, intellectuelle par-dessus tout, où l’on se dit tout, mais finalement, à y regarder de près en ce qui me concerne, on ne se dit pas ce qui sous-tend ce tout.
La pluie s’est arrêtée et je ne peux résister d’aller faire un tour, et voir la mer. Je rentrerai à la maison la semaine prochaine. Ci-joint l’article dont je t’ai parlé, à mourir de rire.
Je t’embrasse fort, et prends soin de toi,
Clarisse
Je prends la plume à l’ancienne, sans ordinateur, sans téléphone que je viens d’éteindre, sans rien. Le silence du bar vidé après les vacances, un café, la mer en face. Il pleut. J’ai le cœur un peu lourd, mais la tête continue de marcher, malgré la rentrée qui approche. J’ai parfois l’impression de rejouer simplement l’an dernier, avec chaque mois de septembre me retrouver à l’enfance, le cahier de texte vierge et la trousse de l’an dernier gardée encore un an car malgré les taches d’encre, elle tiens encore très bien.
J’ai remarqué, hier, en regardant la télé, combien les feuilletons mettaient en scène la crise latente, le conflit individuel que nous gardons éternellement en nous. Le patron stressant, l’amant inattentif, l’amie indélicate sont tous rabrouées par les héros avec verve et explosions d’émotions. Combien sommes nous pourtant, à ravaler les colères, les déclarations d’amour, et les rancunes de quatre ans. Combien sommes nous à éviter la confrontation perpétuellement mise en scène devant nos yeux, avec tant d’esprit.
... en parlant de crise intérieure toujours reportée, je n’ai toujours pas tenté d’embrasser qui tu sais. Au moins j’évite la "déclaration suicide", celle où l’on dit que non, qu’en fait on t’aime depuis quatre ans, et qui fait fuir l’aimé en soulageant celui qui aime, heureux de se prélasser ainsi dans un refus qu’il a anticipé si longtemps. Mais je n’avance guère qu’en amitié avec lui, dans une relation qui m’inspire et m’épuise, toxique et douce, intellectuelle par-dessus tout, où l’on se dit tout, mais finalement, à y regarder de près en ce qui me concerne, on ne se dit pas ce qui sous-tend ce tout.
La pluie s’est arrêtée et je ne peux résister d’aller faire un tour, et voir la mer. Je rentrerai à la maison la semaine prochaine. Ci-joint l’article dont je t’ai parlé, à mourir de rire.
Je t’embrasse fort, et prends soin de toi,
Clarisse
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