Cher Nicolas,
Je prends la plume à l’ancienne, sans ordinateur, sans téléphone que je viens d’éteindre, sans rien. Le silence du bar vidé après les vacances, un café, la mer en face. Il pleut. J’ai le cœur un peu lourd, mais la tête continue de marcher, malgré la rentrée qui approche. J’ai parfois l’impression de rejouer simplement l’an dernier, avec chaque mois de septembre me retrouver à l’enfance, le cahier de texte vierge et la trousse de l’an dernier gardée encore un an car malgré les taches d’encre, elle tiens encore très bien.
J’ai remarqué, hier, en regardant la télé, combien les feuilletons mettaient en scène la crise latente, le conflit individuel que nous gardons éternellement en nous. Le patron stressant, l’amant inattentif, l’amie indélicate sont tous rabrouées par les héros avec verve et explosions d’émotions. Combien sommes nous pourtant, à ravaler les colères, les déclarations d’amour, et les rancunes de quatre ans. Combien sommes nous à éviter la confrontation perpétuellement mise en scène devant nos yeux, avec tant d’esprit.
... en parlant de crise intérieure toujours reportée, je n’ai toujours pas tenté d’embrasser qui tu sais. Au moins j’évite la "déclaration suicide", celle où l’on dit que non, qu’en fait on t’aime depuis quatre ans, et qui fait fuir l’aimé en soulageant celui qui aime, heureux de se prélasser ainsi dans un refus qu’il a anticipé si longtemps. Mais je n’avance guère qu’en amitié avec lui, dans une relation qui m’inspire et m’épuise, toxique et douce, intellectuelle par-dessus tout, où l’on se dit tout, mais finalement, à y regarder de près en ce qui me concerne, on ne se dit pas ce qui sous-tend ce tout.
La pluie s’est arrêtée et je ne peux résister d’aller faire un tour, et voir la mer. Je rentrerai à la maison la semaine prochaine. Ci-joint l’article dont je t’ai parlé, à mourir de rire.
Je t’embrasse fort, et prends soin de toi,
Clarisse
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